ÉDITORIAL COURRIER DES RETRAITÉS • N° 46

25 octobre 2017

"On juge une civilisation au sort qu'elle réserve à ses anciens"

                                            “On juge une civilisation au sort qu’elle réserve à ses anciens”


(Claude Lévi-Strauss)John Maynard Keynes, économiste anglais du XXe siècle proposait en 1936 d’euthanasier les rentiers. Rassurons-nous, il ne pensait nullement à une quelconque solution finale, mais simplement à les ruiner. Ce conseil a été repris par de nombreux journalistes, y compris sur les écrans de télévision et, à considérer des évolutions récentes, il peut sembler que le programme soit en train de se mettre en place.Venant après la quasi-suppression de la demi part fiscale des personnes vivant seules et ayant élevé des enfants, la fiscalisation des majorations pour enfants des pensions, les gels ou les reports de revalorisation des pensions, la modalité d’application de la hausse de CSG est pour la majorité des retraités la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la compréhension. Pour compléter le tableau, la revalorisation annoncée des régimes de base, (CNAV, fonctionnaires, régimes spéciaux…) ne s’appliquerait pas aux pensions complémentaires des salariés du secteur privé.

Rappelons que cette pension qu’ils reçoivent, ils ne l’ont pas volée, ils ne l’ont pas héritée, ils en ont gagné le droit par leur travail et leur  participation au financement des retraites de leurs propres parents. Parlons clair L’état des finances du pays requiert d’interrompre la litanie
de déficits publics, vieille de 40 ans, qui a généré une dette de presque deux ans de PIB. La nécessité d’améliorer la compétitivité des entreprises pour éviter le lourd déficit de nos échanges avec le reste du monde n’échappe à personne. L’idée de financer la santé par l’ensemble des
contribuables est loin d’être condamnable et le débat entre l’augmentation de la TVA ou celle de la CSG est une querelle philosophique dans laquelle nous n’avons pas qualité à entrer. Pour faire cela, des efforts sont nécessaires et chacun, retraités compris, doit y participer, mais pourquoi ce traitement discriminatoire concernant les retraités ?

La CSG Impôt chéri des fiscalistes avec une assiette large et un taux modeste, il rapporte beaucoup. Son taux va augmenter de 1,7 %, sauf pour les retraités modestes, et sans doute les chômeurs, qui bénéficient de taux plus faibles. Pour la majorité des retraités, le taux de CSG va donc
augmenter de 1,7 point, passant de 6,6 à 8,3 %. Le Gouvernement insiste sur le fait que seuls les retraités aisés, ceux, dit-il, dont la pension est supérieure à 1 200 € par mois pour une personne seule seront concernés. Voilà donc une nouvelle définition de l’aisance financière !
François Hollande avait fixé à 4000 € par mois le niveau de la richesse ! Faut-il en conclure que l’appauvrissement de la France s’accélère à grande vitesse ?

Faut-il rappeler que pour les retraités, l’amputation de leur pouvoir d’achat est définitive, sauf à trouver un petit boulot qui, à leur âge, ne court pas les rues, à créer une start-up pour concurrencer leurs petits-enfants, ou à partir sous des cieux fiscaux plus cléments.
Des compensations différenciées Le principe de la réforme est de compenser les salariés par la suppression de leurs cotisations chômage et maladie. Rien à dire à cela ! On dit que Bercy travaille à des modalités de compensation qui pourraient concerner les indépendants et les
fonctionnaires. Tant mieux pour eux ! Mais pour les retraités, rien sauf un appel à la solidarité qu’ils devraient avoir vis-à-vis de leurs enfants. C’est là un propos insultant qui suppose que les retraités ne feraient pas preuve d’une telle solidarité dans leurs familles respectives et que la puissance publique “l’éléphant dans le magasin de porcelaine” serait qualifiée pour les supplanter.

Soyons constructifs Nous ne demandons pas la suppression de la mesure, mais que les retraités, eux aussi, reçoivent une compensation :
suppression, comme pour les actifs, de la cotisation maladie prélevée sur leurs retraites complémentaires et possibilité de déduire de leur revenu imposable, comme pour les actifs, tout ou partie de leur cotisation de mutuelle. Nous ne demandons que l’équité, ce qui est cohérent
avec notre soutien à la réforme des retraites promise par le Président.

Mais, pourquoi s’obstiner à stigmatiser les retraités ?

COURRIER DES RETRAITÉS • N° 46
ÉDITORIAL 3
Christian Bourreau - Philippe Serre 

 

 

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