Editorial Courrier des Retraités N°80
Editorial Courrier des Retraités N°80
Le petit village gaulois ou le splendide isolement/ aveuglement ?
Notre cher pays semble toujours aussi décalé par rap port au monde qui nous entoure. Alors que les empires et les prédateurs rôdent partout à la surface de la terre, cherchant des proies faciles à dévorer, notre petit village gaulois prétend encore vivre au son des binious et des bombardes loin, très loin de l’agitation d’un monde que nous n’aimons pas et que nous feignons d’ignorer. Pendant que le sort des prochaines années se joue sous nos yeux, sur tous les continents, à coup de deals, de bluff, de chantage, de provocation, d’extorsion, de cynisme, de menace, de guerre, de crises, de démons tration de force, notre pays continue, comme si de rien n’était, d’empiler les dé cits publics, d’augmenter les dépenses sans imaginer qu’un jour, il faudra peut-être ! rembourser les prêteurs qui nous accordent encore un peu de crédit. Ce qui nous dérange le plus c’est que cette attitude désinvolte n’est même plus contrariée par des esprits raisonnés ou raisonnables ! Le coupable est déjà ciblé, brocardé, condamné : c’est le boomer, le retraité aux cheveux argentés qui a si bien pro té de sa carrière et qui voudrait continuer à dépenser sa retraite sans contrainte. Notre pays est désespérément ingouvernable, ce qui n’est pas un gage de courage ni d’audace alors que les risques s’accumulent. Au train où vont les sondages, aucune perspective encourageante ne se dégage pour les futures échéances entendre : quelle devrait être la magnitude du choc pour que les énergies publiques se focalisent en n sur l’essentiel, c’est-à-dire remettre la France au travail et en n réformer tout ce qui doit l’être ? Des nations proches de nous vont bientôt nous dépasser en nous laissant faire notre surplace : la Pologne, l’Espagne ou l’Italie ont des politiques beaucoup plus volontaristes… Nous avons trop longtemps voulu croire qu’une Union de pays commerçants pouvait constituer à la fois un havre de paix et de bien-être et un "Empire", au sens historique du terme. Pourtant le temps long de l’Histoire est fait de cycles, de retours en arrière, de brusques accélérations, de rapports de force qui se croisent, voire s’inversent selon les intérêts et les circonstances. Les empires se caractérisent tous par l’emploi inopiné de la force et de la surprise. La paix n’est peut-être bien qu’un espace de temps très court entre les crises et les guerres… La notion même de progrès n’est-elle pas devenue illusoire ? Lorsqu’on considère que le seul but des empires est la prédation, la domination et la soumission des ennemis, force est de reconnaître qu’une Europe paci ste, sans armée propre, a peu de chance d’imposer sa conception sociétale du monde, face à toutes les "brutes" qui l’entourent, surtout quand un allié de 80 ans se révèle, lui aussi, être autant prédateur que celles dont nous ne partagions pas les idéaux mais avec qui nous commercions sans compter. Bref une France isolée mentalement dans une Europe fragilisée n’est sûrement pas une perspective réjouis sante. Cessons de nous replier sur nous-mêmes lorsque les dangers internes et externes nous assaillent. Le réa lisme nous commande plus que jamais l’adage "l’union fait la force".
Christian Bourreau - Pierre Conti
Editorial Courrier des Retraités N°80
